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Test Phoenix Point – Chasse le crustacé, il revient au Gollop

Le reboot de XCOM est devenu une institution dans le monde des jeux de stratégie, mais les fans de la première heure trouvaient que les options tactiques n’étaient pas assez fournies. Julian Gollop, créateur du X-COM original, compte bien étancher cette soif de décisions difficiles avec Phoenix Point.

Les Guerres des mondes

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Projet qui a pourtant failli être annulé, X-COM (avec un tiret) sort en 1994 et apporte quelque chose d’inédit dans les jeux de stratégie tactique, notamment avec ses phases de jeu qui se déroulent sur deux plans. Développer une base ou gérer des escouades dans des escarmouches au tour par tour, tout le monde savait le faire. Mais allier les deux dans un ensemble où les mécaniques de jeux s’imbriquaient parfaitement était ambitieux et un brin casse-gueule.

Heureusement, le résultat fut grandiose avec des campagnes dynamiques et réactives aux décisions stratégiques du joueur. Cela lancera la carrière de Julian Gollop, alors perçu comme un créateur novateur.

Projet qui a pourtant failli être annulé, X-COM sort en 1994 et apporte quelque chose d’inédit dans les jeux de stratégie tactique.

Après de nombreuses déclinaisons, la licence finit par désintéresser le public, mais de nombreux jeux du genre continueront de s’en inspirer, de la série des UFO jusqu’au fameux reboot sorti en 2012, développé par Firaxis (Civilization). Le XCOM nouveau a de très nombreux fans, mais le gameplay n’était pas aussi permissif et profond qu’ont pu être ses illustres ancêtres.

Le Pandoravirus menace l’humanité depuis des décennies.

Après un premier projet couronné de succès avec son nouveau studio, Snapshot Games, Julian Gollop compte bien plonger à nouveau dans le genre qu’il affectionne tant avec la volonté d’offrir une suite spirituelle à son propre X-COM. Ainsi, le financement participatif de Phoenix Point est lancé sur Fig en mai 2017.

Julian Gollop compte bien offrir une suite spirituelle à son propre X-COM.

L’objectif est de créer un jeu à l’expérience très proche d’un X-COM, mais avec une couche de complexité chère à la série des années 90, où les moindres décisions ou détails peuvent avoir leur importance. De plus, Phoenix Point ne se contentera pas de recracher la formule magique qui alterne le macro et micro management, car Gollop compte bien y apporter quelques trucs de neuf.

Fallait écouter Greta Thunberg

Phoenix Point est bel et bien une histoire d’invasion extra-terrestre, bien qu’elle soit plus… insidieuse, plus subtile.

La majorité de la banquise a fondu suite au dérèglement climatique causé par l’activité humaine, mais une des conséquences les plus dramatiques était particulièrement imprévisible : un mégavirus importé des étoiles et libéré des glaces change en quelques années la surface de la planète, ce qui provoque l’effondrement de la civilisation telle qu’on la connaît. La faune et la flore entrent dans une constante mutation chaotique et des groupes d’humains épars essayent de survivre, chacun à sa manière.

Un mégavirus importé des étoiles et libéré des glaces change en quelques années la surface de la planète.

À l’instar de l’initiative XCOM, Phoenix Point est un groupe international qui vise à défendre la stabilité du monde en cas de besoin. Après un faux départ, il y a de nombreuses années, une cellule arrive à se réactiver, mais il n’y a plus grand-chose à sauver. À la tête du dernier espoir de l’humanité, le joueur doit explorer le monde à la recherche d’anciennes bases de Phoenix Point pour augmenter son rayon d’action et explorer le monde à la recherche d’indices afin de comprendre et de mieux lutter contre le Pandoravirus.

L’influence de la Brume finit par submerger les colonies humaines et renforce les Pandoriens.

Cependant, le virus bouge également de son côté. Sa mutation est en train de s’accélérer vers quelque chose de plus… organisé. Des créatures sortent des profondeurs des océans transformées en bouillon de culture et attaquent les derniers bastions de l’humanité de façon trop coordonnée pour être quelque chose de hasardeux. Ces mutants à l’aspect de fruits de mer des horreurs rappellent les pires crises d’angoisse d’H.P Lovecraft, et via une narration classique mais efficace, on prend le risque du Pandoravirus très au sérieux.

Des créatures sortent des profondeurs des océans transformées en bouillon de culture et attaquent les derniers bastions de l’humanité.

Quelques événements spéciaux présentent assez bien cet univers post-apo atypique, mais la direction artistique et la façon de raconter l’histoire manquent clairement de gueule. N’espérez pas vous sentir engagé comme les XCOM modernes ont su le faire.

Définition de la tristesse : tomber à court de roquettes.

Parce que la situation n’était pas assez grave comme ça, des crises de démence se multiplient partout sur le globe et leurs effets sont de plus en plus violents au fil des semaines, dus à un signal psychique provenant des profondeurs (je vous avais que c’était Lovecraft as fuck). Si le signal devient trop puissant avant que vous ayez réussi à trouver une solution efficace contre le virus, c’est Game Over.

Histoire-GéoScape

Phoenix Point est dur, très dur. Ne vous étonnez pas si vous échouez la campagne à votre première tentative. Généralement, on s’en rend compte quand il est déjà trop tard. Contrairement à un XCOM qui vous laisse gérer une seule base et une petite dizaine de soldats, Phoenix Point veut que vous voyiez grand. Il faut développer sa logistique pour être prêt à intervenir aux quatre coins du monde et il n’est pas rare que 4 ou 5 escouades soient déployées en même temps.

Phoenix Point est dur, très dur. Ne vous étonnez pas si vous échouez la campagne à votre première tentative.

Les premières heures de jeu sont assez douloureuses à appréhender, mais une fois qu’on a saisi les premières subtilités et qu’on se fixe des objectifs de développement, on finit par apprécier l’optimisation de notre organisation afin d’être prêt face à toutes les éventualités, comme une attaque de Pandoriens sur un de ses avant-postes ou une colonie alliée, ou bien raser une couveuse fraîchement découverte par vos balayages radar.

La recherche scientifique est clairement en retrait dans Phoenix Point.

Le thème de la mutation est omniprésent dans Phoenix Point, car toute la campagne du jeu réagit de manière très organique à de nombreux facteurs où tout est interconnecté. Selon les continents où vos soldats interviendront, les mêmes archétypes d’ennemis ne posséderont pas les mêmes capacités et les bastions Pandoriens laissés trop longtemps sans surveillance finiront par grandir avant d’être des nids à bestioles incontrôlables.

La campagne du jeu réagit de manière très organique à de nombreux facteurs où tout est interconnecté.

La campagne de Phoenix Point est un marathon intéressant ou chaque petite victoire a son influence, mais le tout est un peu trop dilué sur la longueur. La boucle de gameplay est rapidement redondante, surtout que les situations varient finalement assez peu. Les différents archétypes d’unités ennemies sont rapidement découverts et trop peu nombreux, et gérez une trentaine de soldats et la production de leur équipement devient assez risible (surtout quand l’interface pensée pour la manette n’arrange pas les choses).

Pour apporter un sentiment d’évolution au fil de la partie, la recherche est bel et bien présente, mais…. ce n’est pas foufou. S’il est toujours question de construire des laboratoires pour y dédier des projets, les découvertes serviront surtout à découvrir les prochains objectifs et à faire du reverse engineering de matériel trouvé sur le terrain (ou via les factions). Certes, les Pandoriens peuvent être tués via la majorité de l’équipement de départ et n’évoluerons pas énormément, mais les labos ne sont pas sollicités la plupart du temps, ce qui est tout de même dommage pour un X-COM-like (conçu par son géniteur, de surcroît).

Plaisez aux factions pour avoir accès à leurs technologies.

Pour pallier ça, il faudra coopérer avec les restes de l’humanité qui se sont regroupés sous trois « nations » distinctes : les soldats bourrins de New Jericho, les bobo-écolos du Synedrion et les Disciples d’Anu qui accueillent les mutations à bras ouverts. Faites-vous bien par les factions qui vous parlent le plus, car c’est un élément indispensable pour troquer des ressources, recruter de nouveaux soldats et avoir accès à leur matériel, ce qui — mine de rien — oriente énormément votre style de jeu en phase tactique, voire certaines actions sur le GeoScape. Pour le coup, la rejouabilité est assez intéressante, d’autant plus qu’il existe plusieurs fins selon la faction dominante.

Il faudra coopérer avec les restes de l’humanité qui se sont regroupés sous trois « nations » distinctes.

Les Pandoriens ne seront pas toujours votre seul souci, car certaines missions de factions vous demanderont de vous fritter contre des bandits bien humains, quand il n’est pas question d’aller justement taper sur les autres factions. Il se peut que des guerres éclatent, ce qui modifiera souvent la répartition des colonies sur la surface de la planète. À vous de voir si vous voulez vous mettre du côté des vainqueurs ou non.

Tacti-cool

Bon, il est temps d’aborder le gameplay tactique parce que c’est là où le titre est sûrement le moins bien foutu. Pourtant, il y a de très bonnes idées, mais l’alchimie a du mal à opérer pour offrir une expérience complète et satisfaisante.

Quand on lance sa première mission, on se demande l’espace d’un instant si on ne serait pas trompé de jeu, jurant avoir lancé XCOM 2. Même si le jeu de Firaxis a réussi à standardiser tout le genre à lui tout seul, on se retrouve avec quasiment le même agencement d’interface, le même code couleur pour les points d’actions et les mêmes plans de caméra lors des phases de tir.

Les disciples d’Anu profitent de mutations puissantes, mais permanentes.

Heureusement, une fois qu’on a les mains dans le cambouis, les comparaisons s’arrêtent là. Les opportunités d’actions sont en effet bien plus fournies et le joueur a bien plus de contrôle qu’à l’accoutumée. Un soldat peut utiliser ses points d’actions comme bon lui semble, dans n’importe quel ordre, et changer de soldat ne termine pas son tour, offrant de belles occasions de synergie. De plus, adversaire détecté pendant met un terme au déplacement, ce qui permet de s’adapter en temps réel à la situation. D’ailleurs, l’utilisation des capacités est limitée par une barre de volonté (lié à la fatigue) plutôt que de simples cooldowns.

Un soldat peut utiliser ses points d’actions comme bon lui semble, dans n’importe quel ordre.

Allié avec un système d’inventaire où les objets et munitions peuvent être rangés dans un sac et échangés entre membres de l’escouade, le gameplay tactique est assez profond avec de nombreuses façons pour le joueur de se montrer créatif selon les situations.

Les véhicules font de bon bouches-trous si une escouade est en sous-effectif.

C’est surtout sur le système de visée que la donne change du tout au tout. Fini les tirs ratés à 99%, seules les lignes de vue et la précision du soldat (représenté par un cercle) comptent, à la manière d’un Valkyria Chronicles (dans une certaine mesure). Naturellement, plus vous êtes proche, plus vous aurez des chances de toucher, mais c’est surtout vous toucherez qui est important.

Fini les tirs ratés à 99%, seules les lignes de vue et la précision du soldat (représenté par un cercle) comptent.

En effet, Phoenix Point intègre un système de localisation des dégâts très poussé. Plutôt que de dépenser trois tours à tuer un Pandorien, il est souvent plus intéressant de l’estropier d’un seul coup, en visant son arme ou une partie de son corps responsable d’une capacité reloue en particulier. Sur les unités plus grandes, il est d’ailleurs indispensable de concentrer les tirs.

Cette sirène fait du gringue à votre escouade ? Faites lui passer l’envie de chanter.

Il en va de même pour vos soldats, jusqu’à devenir de véritables poids morts jusqu’à la fin de l’escarmouche si leurs deux bras sont gravement touchés. Vos soldats ne meurent pas trop vite — contrairement à un XCOM —, mais la moindre blessure grave complique pas mal la situation, entraînant un saignement (cela vaut aussi pour les mutants).

Plutôt que de dépenser trois tours à tuer un Pandorien, il est souvent plus intéressant de l’estropier d’un seul coup.

Si ce système de ligne de vue directe est intéressant sur le papier, il y a plein de petits problèmes qui rendent certaines situations risibles, avec des tirs stoppés net par le décor juste devant le soldat, l’overwatch qui devient inutile à moyenne distance, le système de couvert débile qui ne protège pas grand-chose (et handicape même certains tirs) et l’impossibilité pour l’ennemi de se protéger efficacement contre les tirs de sniper (meilleure arme du jeu, et de loin).

Ce fusil d’assaut n’est pas assez puissant pour passer le blindage. Vaut mieux viser autre chose.

Il n’y a pas vraiment beaucoup de bugs, mais de nombreux problèmes auraient pu être évités avec un peu plus de réflexion. L’overwatch activé par un soldat sous contrôle mental était déjà assez ridicule sur XCOM, ce n’était pas la peine de l’intégrer à Phoenix Point. Mon truc énervant préféré ? C’est viser la tête d’un monstre quand son animation (totalement cosmétique) la lui fait tourner au dernier moment, la balle allant alors se loger dans sa carapace.  Ah putain, oui : la mécanique de riposte est complètement pétée également. Laisse-moi profiter de mon couvert, quoi.

De nombreux problèmes auraient pu être évités avec un peu plus de réflexion.

Les situations injustes et ingérables sont également assez récurrentes, avec un décor pas toujours clair sur sa manière de se détruire (très mis en avant par le studio) et des placements en début de combats pas toujours très logiques. Une fois, j’ai réussi une mission en deux tours, car l’objectif était à deux pas du spawn.

Défouraillage et crustacés

Phoenix Point est blindé de bonnes intentions et de bonnes idées, mais le titre de Julian Gollop et Snapshot Games a peut-être été trop ambitieux pour son propre bien. Sur le papier, pas mal de mécaniques fonctionnent, mais au mieux, ils sont superflus, au pire, il s’insèrent mal avec le reste du jeu. Le titre a suffisamment de personnalité et d’arguments pour ne pas être considéré comme un sous-XCOM, mais le tout manque de consistance et possède trop de problèmes pour proposer une expérience globale sans accrocs. Si vous souhaitez tester un X-COM-like, Phoenix Point mérite tout de même votre intention, mais il n’y a pas de honte à relancer une partie de XCOM 2 bardé de mods ou attendre la suite de l’excellent Xenonauts qui devrait sortir dans le courant de l’année.

► Points forts

  • Un GeoScape avec beaucoup de choses à faire
  • Bonne rejouabilité grâce aux différentes factions
  • Une partie tactique aux nombreuses options
  • Plus de tactique, moins d’aléatoire
  • Une thématique maîtrisée et immersive

► Points faibles

  • D’un côté comme de l’autre, c’est mal équilibré
  • Des problèmes de jouabilité idiotes mais rageantes
  • Des cartes procédurales trop génériques
  • Trop peu d’ennemis différents
  • La gestion des bases est osef
  • La recherche aussi
  • Interface souvent lourdingue

14/20

Configuration de test :

  • GPU : NVIDIA GTX 980 Ti
  • CPU : Intel Core i7-6700K @4GHz
  • RAM : 16 Go DDR4
  • Installé sur SSD

Phoenix Point est disponible sur PC.

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