cocax
2 commentaires
Actualité, Aventure, Console, Horreur, Jeux vidéo, News, PC, PS4, Survie, Test, Xbox One

Test d'Agony

Test – Agony – La descente aux enfers

Avez-vous déjà lu « La Divine Comédie » de Dante ? Moi non plus. Nous devrions, car rares sont les œuvres qui nous transmettent une vision horrifique de l’enfer. C’est pourtant ce qu’ont essayé de faire les neuf cerveaux fous de Madmind Studio dans Agony. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il porte bien son nom.

Docteur Denfer, que puis-je pour vous ?

Kicksarté en 2016 et mis en avant à coup de bandes-annonces aussi alléchantes que dérangeantes, Agony nous arrive enfin après de multiples retards. Pourtant très énigmatique, Agony m’avait charmé par son ambiance singulière et malsaine qui se dégageait des bandes-annonces. Parfois, ne pas savoir ce dont un jeu est constitué est précieux : la surprise n’en sera que plus grande. L’ennui dans Agony, c’est que les développeurs eux-mêmes ne semblent pas savoir ce dont leur jeu est constitué. Jeu d’action ? D’aventure ? D’infiltration ? D’énigmes ? De plate-forme ?

Le fleuve de sang d'Agony
Le voyage au bout de l’enfer commence

En vérité Agony, c’est un peu tout ça. Le jeu commence par la chute de votre âme en enfer. Votre tâche sera de retrouver la déesse rouge pour qu’elle libère votre pauvre âme et vous permette de retourner parmi les mortels. Tout un programme. Pour ce faire, vous alternerez entre des phases d’infiltration atroces, des énigmes contre-intuitives au possible, en passant par un peu de plateforme imprécise. Mention spéciale pour les combats de boss grotesques et pathétiques.

Le gameplay d’Agony est horriblement mal conçu.

Le gameplay d’Agony est horriblement mal conçu. C’est à se demander si les développeurs n’ont pas voulu transformer un simulateur de marche en jeu interactif, le plus vite possible. La majeure partie du temps, vous serez en train de chercher votre chemin dans des niveaux confus. On est constamment en prise avec la lenteur incroyable du personnage, et l’éclairage catastrophique du jeu.

La déesse rouge d'Agony
Oui, j’ai honte de ton animation faciale.

Durant votre voyage au bout de l’enfer, vous rencontrerez des succubes à qui il manque des pixels, des corps errants aux animations faciales hilarantes. Le tout entrecoupé de points de sauvegardes extrêmement mal répartis et de quelques membres maculés de sang. Le pire, c’est que je n’ai (presque) jamais eu peur. Laissez-moi vous raconter mon périple.

Enfer et damnation

L’idée de base d’Agony n’est pas inintéressante, au contraire. Le joueur incarne une âme, et non un personnage. Ainsi, si vous vous faites tuer (croyez-moi, cela arrivera souvent), vous n’avez qu’à trouver un autre corps chétif à incarner, à condition que vous ayez retiré le sac qui recouvre leurs visages. Attention, ça pique les yeux. Le souci, c’est que lorsque vous contrôlez votre âme, la maniabilité est tout bonnement atroce… et le temps est limité. De quoi mettre de bonne humeur.

Un labyrinthe d'Agony
Les labyrinthes d’Agony. Je ne souhaite ça à personne

Le jeu est ensuite un véritable festival de mécaniques datées et frustrantes. Il faudra un coup trouver le bon symbole à dessiner sur une porte, dans un environnement qui en contient cinq ou six. Parfois vous devrez trouver un cœur mal modélisé à mettre dans une balance pour ouvrir une porte. Le jeu a au moins la décence de proposer (parfois) plusieurs approches possibles pour atteindre son objectif.

Le jeu est un véritable festival de mécaniques datées et frustrantes.

Ces mécaniques sont relativement classiques, mais sont desservies par un level design chaotique, où il est très difficile de distinguer les objets avec lesquels on peut interagir, et de trouver son chemin. Des exemples de mécaniques frustrantes qui partent d’un bon sentiment, Agony en est rempli jusqu’à l’os. Ce ne serait pas un si grand problème si tout cela n’était pas couplé à de terribles phases d’infiltration.

Une des scènes étranges d'Agony
Bambin Denfer 3000, nettoie le sol comme rien d’autre. Bientôt en vente

Les rondes des démons étant aléatoires, impossible d’anticiper leurs déplacements. De même, aucun retour visuel ne vous indique votre discrétion. L’absence de morceaux stressants nuit aussi gravement à l’immersion. L’IA n’est pas épargnée : elle alterne entre l’indifférence quand vous êtes tout proche et l’hystérie quand vous vous tenez à bonne distance. Au final, on a mieux fait de courir comme un dératé et d’espérer que l’IA se plante dans le décor (ce qui m’est arrivé). Un léger problème pour un jeu qui mise sur la tension.

Attention à ne pas trop enfer

La tension, parlons-en justement. Agony a attiré la curiosité de nombreux joueurs avec des bandes-annonces tape-à-l’œil et une direction artistique attractive sur le papier. Le jeu est en effet gore à souhait, jusqu’à faire dans la démesure. Et vas-y que je te nettoie le sol avec des bambins, et que je te montre des corps embrochés. L’enfer déborde de flaques de sang fluo immonde, probablement à cause de la méchante censure. Au bout de deux heures, on est vite blasé par cette surenchère, qui donne au jeu une étiquette « regardez-moi sur YouTube ».

Une des scènes
« Hé ho regardez notre jeu comment c’est trop Dark ! Ya des mecs embrochés ! Vous êtes choqués hein ? »

Pourtant, le fait est qu’au début du jeu, l’ambiance fonctionne. Les décors sont oppressants et parfois jolis. La direction artistique a son petit effet anxiogène par moments. Le jeu traverse des lieux référencés dans la Divine Comédie, tantôt jolis, tantôt pleins d’aliasing, et souvent très sombres. Car oui le vrai problème d’Agony c’est l’éclairage, qui est absolument abominable. Même en réglant le gamma, le jeu reste soit trop sombre, soit trop lumineux.

Le vrai problème d’Agony c’est l’éclairage, qui est absolument abominable

Sur PC, même avec la luminosité au maximum, le jeu applique également un filtre grisâtre immonde digne de la PS2, qui n’arrange en rien le rendu du jeu. Le pompon, ça reste les phases où l’on incarne les démons, en noir et blanc, totalement illisibles. De même, si se baigner dans le sang ne vous ragoûtait pas plus que cela, Agony vous en dégouttera assurément. On n’y voit absolument rien, et ce n’est pas le seul cas de figure. Quel dommage que le rendu final ne mette même pas en valeur la direction artistique honorable du jeu.

L'éclairage façon Agony
Il y a un léger surplus de lumière, mais on n’y voit que dalle quand même.

Bien sûr, les bugs sont légion dans Agony. Fort heureusement, j’ai pu y jouer dans des conditions décentes, soit après deux gros patchs d’un poids total de 6 Gigas, ce qui en dit long sur l’état dans lequel le jeu est sorti. Reste bien sûr quelques OOB (out of bounds), des blocages du personnage, des bugs d’animations, j’en passe et des meilleurs. Si on en croit les premiers retours sur Steam, le jeu est sorti dans un état encore plus lamentable que celui dans lequel j’y ai joué. Je l’ai échappé belle.

La fin du calvaire

Agony n’est même pas le quart d’un bon jeu. Il en a fait saliver plus d’un avec ses bandes-annonces qui ont fasciné grâce à la direction artistique. Peu de joueurs, et sans doute pas les backers, se doutaient que le reste du titre était aussi mauvais, voire très mauvais. Le gameplay trouve le moyen d’être à la fois varié, et frustrant sous toutes ses formes. Toutes les mécaniques sont ratées. Si la direction artistique sauve le jeu de la catastrophe nucléaire, même le cadre du jeu ne remonte pas l’ensemble.

Agony est au mieux insipide, au pire très agaçant.

Au cours des sept heures passées en enfer, le jeu était au mieux insipide, au pire très agaçant. Très peu de plaisir, et beaucoup de recherche frustrante, dans un level design plat et surtout très mal foutu. Et ce n’est surtout pas le mode Agonie, un piteux mode rogue-like en arène avec des objectifs très flous, qui remonte l’intérêt d’Agony. Alors quand le jeu vous propose de recommencer l’histoire en incarnant une succube, autant vous dire que j’avais déjà désinstallé.

Un des jolis plans d'Agony
Certains plans sont, il faut le dire, très réussis

Alors que le thème de l’enfer pouvait donner lieu à une histoire à enjeu, le jeu n’a rien à raconter, et c’est peut-être ça le plus gênant. Le fait que les développeurs partagent une vidéo de PewDiePie sur Agony lors de sa sortie est pour moi très révélateur : le jeu avait juste pour but de déranger (il a essayé en tout cas), et peut-être de faire parler de lui avec de la censure (justifiée au passage). Le fait est qu’Agony est juste gore pour être gore, pour se démarquer et interpeller. Dommage que Madmind ait oublié de faire un jeu vidéo au passage.

► Points forts

  • Une direction artistique qui a son petit effet
  • Quelques bonnes idées de gameplay (même si elles sont mal exploitées)
  • Une certaine liberté d’approche

► Points Faibles

  • Un mélange de mécaniques datées
  • Répétitif, même en seulement sept heures
  • Infiltration atroce et frustrante
  • Un éclairage tout droit venu des enfers
  • Techniquement faible
  • Des bugs, même après les correctifs
  • Du gore pour YouTube
  • Le jeu n’a rien à raconter
  • Des combats de boss pathétiques
  • Des animations risibles
  • L’IA imprévisible
  • La maniabilité pénible
  • Ne fait même pas peur

Agony, un véritable chemin de croix

5/20

Testé sur PC. WarLegend a bénéficié d’une copie du jeu fournie par l’éditeur.

Agony est disponible sur PC, PS4 et Xbox One


Achat GoCléCD (PC) et Amazon (PS4/Xbox One)

2 commentaires
  • gvyop ~ Le 15 juin 2018 à 14:35

    en 2 mots : Ennui et moche.
    L’equipe avait une vacherie a te faire en te le filant ou c’est toi qui a decide de faire l’article.
    Dans l’idée que le 20 est acceptable alors celui-ci aurait du recevoir un 0 je oense.

  • cocax ~ Le 15 juin 2018 à 19:25

    Ah pas du tout pour le coup c’est moi qui ait voulu le tester il m’intriguait beaucoup par sa DA, forcément je regrette :p .
    Ya quand même eu des micro moments de « plaisir » via les décors et les rares bonnes surprises du jeu