Nintendo repolit l’Arwing sans toucher à son moteur de 1997, et on replonge avec plaisir. Fidèle, généreux en présentation… mais toujours aussi vite bouclé.
Le renard retrouve la voix (et un peu de vécu)
Nintendo ne prend aucun risque scénaristique. On repart avec le docteur Andross, exilé sur Venom après que ses recherches en biotechnologie ont été jugées trop dangereuses par Corneria, qui prépare une offensive sur tout le système Lylat. James McCloud a disparu en éclaireur cinq ans plus tôt, alors c’est son fils Fox qui reprend le flambeau, épaulé par Falco, Peppy et Slippy. Vous connaissez déjà tout ça par cœur si vous êtes nés avant l’an 2000, et c’est bien le problème : la campagne se boucle en ligne droite en une petite heure, parfois une heure et demie en fouillant un peu. Un format XXS qui ne laisse jamais le temps de s’attacher à quoi que ce soit avant le générique.
Sauf que Velan Studios a eu l’intelligence de ne pas retoucher l’intrigue et de retoucher tout le reste autour. Les cinématiques entièrement doublées entre chaque mission, c’est la vraie trouvaille de ce remake. Slippy y étale sa passion pour la mécanique, Peppy y balance sa sagesse de vétéran avec l’aplomb d’un briefing d’état-major, Falco reste aussi cassant que dans vos souvenirs et Fox gagne enfin un peu d’esprit. Le Visionneur Holographique va plus loin encore en débloquant des pans entiers de lore à chaque exploit, jusqu’à raconter comment James McCloud s’est sacrifié pour sauver Peppy pendant l’incident de Venom. Ces cinématiques changent même de version selon la route empruntée, ce qui donne enfin une vraie raison de varier ses trajets au-delà du seul score. Le doublage français, en particulier, tape fort : des voix reconnues du milieu qui donnent au groupe une vraie alchimie, là où le titre de 1997 se contentait de borborygmes so bad it’s good gravés dans la mémoire de toute une génération.
Reste que sous le vernis, l’histoire ne raconte toujours rien de neuf, et les briefings de mission, même repolis graphiquement, n’apportent strictement rien à l’affaire. La faute à un scénario qui sert avant tout de prétexte à l’action depuis 1997 et qui montre ses limites bien plus vite qu’à l’époque, quand la durée de vie autour ne rattrape pas le coup. Comparé au remake 3DS de 2011, qui se contentait d’un lifting sans jamais retravailler la mise en scène, celui-ci fait clairement mieux ses devoirs côté personnages. Comparé au fiasco Star Fox Zero de 2016, qui préférait perdre son temps avec les gadgets de la Wii U plutôt qu’avec son casting, n’importe quoi ferait mieux, de toute façon. Le renard a enfin retrouvé une voix. Il continue de raconter la même histoire, mais il la raconte bien mieux qu’avant.
Une routine qui tourne en rond comme un Arwing
Sur le fond, on retrouve exactement la même formule : des niveaux sur rails entrecoupés de combats libres dans des arènes riquiqui, un laser simple améliorable, un tir chargé à verrouillage et une poignée de bombes. Rien à jeter là-dedans, l’Arwing se pilote toujours comme un charme, entre tonneaux et virages serrés, et le système d’embranchements secrets reste le vrai moteur du jeu : remplir une condition planquée bifurque vers un tout autre secteur, et cette architecture de routes tient encore parfaitement la route (sans mauvais jeu de mots) trente ans après. Le nouveau mode Défi surfe dessus intelligemment : on saute direct dans un niveau déjà bouclé pour cocher une liste d’objectifs, un peu à la Tony Hawk’s Pro Skater period faste. Sauf qu’aucun checkpoint ne vient sauver les défis les plus corsés, et rater le dernier objectif du niveau expert veut souvent dire tout se retaper depuis le début.
Le vernis 2026 montre quand même son âge par endroits. L’IA des coéquipiers n’a pas vraiment bougé depuis 1997 : Falco, Slippy et Peppy peinent à se défendre seuls dès qu’une zone s’ouvre, alors que leur survie conditionne les médailles d’or — et rater la dernière impose de relancer toute la campagne plutôt qu’une simple mission, un choix qui date clairement d’une autre époque du game design. L’équilibrage du scoring accentue l’effet yo-yo : le laser bleu rend tout facile, et retomber sur le laser vert de base complique sérieusement la donne. Le Landmaster et le sous-marin Blue-Marine gardent aussi la maniabilité un peu pataude du N64, jamais vraiment retravaillée.
Les nouveautés multijoueur, elles, peinent à convaincre : le mode Combat ne propose que trois arènes pour seize niveaux de campagne, le co-op sépare pilotage et tir sur un même vaisseau plutôt que d’offrir deux Arwings côte à côte, et le mode souris bascule en vue cockpit qui réduit le champ de vision. Des ajouts qui donnent l’impression d’avoir été calibrés pour cocher une case plutôt que pensés en profondeur. Le corps du jeu, lui, reste un pur plaisir manette en main : précis, nerveux, généreux en sensations. Simplement, une fois la nostalgie rangée, c’est une boucle qui se savoure sur l’instant plus qu’elle ne donne envie d’y revenir un mois plus tard — Star Fox assume la simplicité d’un jeu d’arcade, ni plus ni moins.
Une carrosserie increvable, un moteur qui date
Visuellement, la claque est réelle. Les buildings grisâtres et cubiques de Corneria ressemblent enfin à de vrais immeubles, les champs plats d’origine sont devenus une cité en flammes, et il m’est arrivé de percuter un astéroïde en reluquant une géante gazeuse au loin plutôt que de regarder où je fonçais. Le titre tient un 60 images par seconde solide en dock comme en portable, même si des analyses de la démo eShop ont repéré des chutes vers 45 IPS pendant l’affrontement contre le Meteo Crusher. Rien de tout ça ne saute aux yeux en jouant, à part des temps de chargement un poil trop longs pour un jeu aussi bref.
Tout n’est pas parfait pour autant : la distance d’affichage reste courte sur certains niveaux, avec des ennemis qui popent visiblement, une brume distante dont on ne sait jamais si elle relève du parti pris artistique ou de la limitation technique, et un magma de Solar toujours un peu cheap malgré le lifting. Le nouveau design des personnages, plus réaliste, divisera forcément les foyers : certains y verront un bel hommage aux marionnettes promotionnelles du jeu SNES d’origine, d’autres regretteront les bouilles cartoon de leur enfance. Perso, ça passe très bien une fois la manette en main.
Côté son, aucun débat : les réorchestrations des thèmes iconiques de la saga sont excellentes, les ajouts choraux sur les thèmes de boss donnent une ampleur qu’on n’attendait pas, et le doublage porte enfin le générique au niveau de sa mise en scène. Comparé au remake 3DS de 2011, qui se limitait à un effet stéréoscopique et gardait une bonne partie du squelette N64 sous le capot, Velan Studios a refait l’intégralité de l’écrin visuel et sonore avec les moyens de 2026 ; ça reste malgré tout loin d’être la vitrine technique la plus impressionnante du catalogue Switch 2, et on sent que Nintendo n’a pas cherché à densifier le nombre d’ennemis à l’écran ou à accélérer le rythme pour justifier le saut de génération. Le résultat, c’est un remake qui a clairement mis la priorité sur la présentation plutôt que sur le renouvellement du contenu. Une carrosserie flambant neuve, montée sur un moteur qui n’a pas pris une ride depuis 1997 – dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.
Un remake qui vise juste pour une formule qui a pris de l’âge
Star Fox sur Switch 2 tient sa promesse : un remake fidèle, soigné, qui fait un bien fou à qui a grandi avec l’Arwing. Cinématiques doublées qui étoffent enfin l’équipe, réorchestrations excellentes, embranchements toujours aussi malins. Les limites du jeu de 1997 ressortent forcément : campagne courte, IA de coéquipiers datée, multijoueur famélique. Une aventure avant tout pensée pour les nostalgiques, avec des ajouts sympathiques pour épicer le tout — moins un jeu de 2026 qu’une lettre d’amour bien troussée à 1997.
Ce qu’on a aimé :
- Cinématiques intégralement doublées qui étoffent enfin la personnalité de toute l’équipe
- Système d’embranchements secrets toujours aussi malin après trente ans
- Réorchestrations et doublage excellents
- Refonte graphique qui rend enfin justice à Lylat
- Mode Défi qui donne une bonne excuse de rejouer les niveaux
- Technique solide, 60 fps stable en dock comme en portable
Ce qu’on n’a pas aimé :
- Campagne bouclée en une heure à une heure et demie
- IA des coéquipiers jamais retouchée, toujours à la ramasse
- Une seule médaille ratée oblige à relancer toute la campagne
- Mode souris cassé par la vue cockpit imposée
- Co-op qui complique la visée au lieu de la simplifier
- Mode Combat limité à trois cartes pour seize niveaux de campagne
WarLegend.net a bénéficié d’une copie presse fournie par l’éditeur de ce jeu.
Testé sur Nintendo Switch 2
Star Fox est disponible sur Nintendo Switch 2.





