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Test Cadence of Hyrule – La musique est une arme

Pour la première fois, Nintendo fait confiance à un studio indépendant pour la conception d’un jeu autour d’une de ses licences légendaires : The Legend of Zelda. Autant dire que le résultat est détonant.

The Legend of Zumba

Désormais plateforme privilégiée des créateurs et amateurs de jeux indépendants, la Nintendo Switch s’est fait une place de choix dans le coeur de ceux qui aiment les jeux vidéo sous toutes leurs formes. Prenant désormais son rôle de curateur à coeur, Nintendo a annoncé il y a quelques mois un partenariat étonnant avec Brace Yourself Games pour créer un jeu basé sur la plus prestigieuse des licences qui soit : The Legend of Zelda.

Cette main tendue vers la communauté indé est inattendue, mais en dit long sur cette relation nouvelle qu’entretient Nintendo avec la sphère indépendante dont la majorité des acteurs sont sûrement des joueurs qui ont grandi avec Big-N. Il faut se souvenir que la dernière fois que Nintendo avait prêté Zelda à une société externe, on s’était retrouvé avec trois jeux maudits du cul sur Phillips CD-I, et personne n’a envie de revivre ça.

Cette main tendue vers la communauté indé en dit long sur cette relation nouvelle qu’entretient Nintendo avec la sphère indépendante.

Seulement, Cadence of Hyrule n’est pas qu’un simple jeu Zelda créé par un petit studio de passionné, c’est aussi un crossover avec leur ancien jeu acclamé par les joueurs et la critique, Crypt of the Necrodancer, un rogue-lite au gameplay unique qui a coûté quelques nuits à des joueurs avides de challenge.

Garde la Cadence

Par une pirouette scénaristique incroyable (vue dans la majorité des crossovers), l’héroïne de Crypt of the Necrodancer se retrouve propulsée dans le monde d’Hyrule, en proie — comme toujours — à un nouveau danger. Un certain Octavo compte défaire Ganon seul et a endormi Link et Zelda grâce à des instruments magiques pour être tranquilles. Notre fossoyeuse intervient et fait équipe avec les deux héros de la Triforce pour remettre de l’ordre dans Hyrule.

L’héroïne de Crypt of the Necrodancer se retrouve propulsée dans le monde d’Hyrule, en proie — comme toujours — à un nouveau danger

Le scénario ne fait pas beaucoup sens, mais ce n’est pas quelque chose que l’on recherche dans un titre qui s’approprie toutes les ficelles d’un jeu Zelda. En fait, il n’y a pas vraiment de narration à proprement parlé en dehors de la progression du joueur jusqu’au boss final du jeu : exploration, donjons, Ganon. On est dans le pur cliché d’un jeu The Legend of Zelda, mais c’est fait avec tellement de justesse que l’hommage est réussi et permet aux fans de la première heure d’avoir leur dose de classicisme depuis que Breath of the Wild a fait voler en éclat les codes habituels de la série.

Pas de doute, c’est du Zelda.

Bien sûr, il y a un twist. Si d’un côté on a l’impression de jouer à A Link to the Past avec sa 2D léchée (les monstres qui se dandinent sont goldés) et son monde ouvert découpé en « écrans », de l’autre on se retrouve bel et bien avec le gameplay de The Crypt of the Necrodancer et son système d’action imposé par le rythme de la musique. Ah bah oui, quitte à faire un hommage à la licence de Nintendo, autant le faire via l’un de ses aspects les plus marquants : sa bande originale.

Quitte à faire un hommage à la licence de Nintendo, autant le faire via l’un de ses aspects les plus marquants : sa bande originale.

Déjà aux platines de Crypt of the Necrodancer, c’est le talentueux Danny Baranowsky qui se retrouve à remixer des thèmes de Zelda écrite par le légendaire Koji Kondo, du thème iconique des plaines d’Hyrule à la Vallée Gerudo passant par le Chant des tempêtes ou autres références obscures. Ceux qui vont souvent sur YouTube écouter des bandes originales de jeux vidéo vont vite s’en rendre compte : Cadence of Hyrule est une lettre d’amour à destiné à Nintendo, mais également une lettre d’amour de la part de Nintendo destiné à ses fans. Ainsi, la firme de Kyoto reconnaît la scène des musiciens plus ou moins amateurs qui s’amusent à remixer les thèmes de ses jeux, et peu inspirent autant que les thèmes de Zelda.

Le remix de la Vallée Gerudo est magique.

Pour une telle tâche, le Danny n’est pas seul, puisqu’il s’est entouré de quelques amis musiciens qui ont leur propre réputation, comme l’adepte de reprises metal FamilyJules7X, la violoniste et otamatoniste Mklachu, ou encore le compositeur Riley Koenig (Phantom Brigade, Aegis Defenders). On se retrouve alors avec de la musique de Zelda à toutes les sauces : du synthé, de la guitare électrique, du chant lyrique, du sifflement, des cuivres qui donnent la pêche ou autre sonorités moins conventionnelles… un vrai régal pour les oreilles.

Nintendo reconnaît ainsi la scène des musiciens plus ou moins amateurs qui s’amusent à remixer les thèmes de ses jeux.

On retrouve l’inventivité et l’énergie musicale de Crypt of the Necrodancer, mais avec du Zelda, quoi. Impossible d’être insensible au truc quand on a grandi avec Zelda 3 ou Ocarina of Time. D’ailleurs, on apprécie particulièrement le fait que la musique d’ambiance du jeu soit modifiée par les objets de quêtes récupérées au fil de l’aventure : des instruments de musique.

Les PNJ se débloquent après un petit puzzle musical

Je vous balancerai bien une vidéo YouTube de la bande originale, mais ça serait presque du spoil.

Deux pas en avant, un pas en arrière, une épée dans ta gueule

Pour ceux qui n’ont pas joué à Crypt of the Necrodancer, le principe est à la fois assez simple et étrange : le monde est découpé en cases et le joueur doit progresser à chaque impulsion du rythme de la musique. Non seulement la bande-son ambiance grave, mais elle sert surtout d’appui pour le gameplay. Plus vous tenez le rythme sans faire d’erreur, plus vous êtes puissant et récompensé (selon les objets équipés).

Non seulement la bande-son ambiance grave, mais elle sert surtout d’appui pour le gameplay.

Les jeux classiques Zelda fonctionnant déjà par un système de quadrillage, il n’a pas fallu beaucoup d’effort à Brace Yourself Games pour se rendre compte que le concept tient super bien la route. On découpe du monstre, on pousse des blocs, on coupe des fougères, on utilise des objets, mais tout ça en rythme.

Certains écrans sont bien plus grands.

Là où le mélange est un peu plus étrange et dans la gestion de l’inventaire. À la manière d’un Zelda, on débloque des objets utilitaires clés qui nous font progresser dans l’aventure, mais la gestion du combat est calquée à 100% sur The Necrodancer. On retrouve alors les mêmes armes comme l’épée qui tape en quart de cercle, la lance qui touche à distance ou bien le fléau qui tape en L, (difficile à maîtriser, mais qui fait des ravages).

La gestion du combat est calquée à 100% sur The Crypt of the Necrodancer.

En même temps qu’on progresse sur dans les arènes, il faut alors reconnaître les monstres et leur pattern (leur pas de danse) et comprendre comment ils bougent — et attaquent —  sur le dancefloor en fonction du rythme.

Une salle, plusieurs énigmes.

Si Necrodancer est dur à maîtriser par sa nature de rogue-lite, Cadence of Hyrule est quand même bien plus cool sur la difficulté, notamment grâce à l’évolution du joueur comme sa barre de coeurs et l’inventaire de plus en plus puissants. Seulement, plus l’aventure progresse, plus le jeu s’en retrouve un poil trop facile.

Je ne suis pas le meilleur joueur (je n’ai jamais fini une run de Necrodancer), mais avec un bon stock de soin constant, j’ai pu terminer le jeu en bourrinant et en battant le boss final du premier coup (après avoir saisi son twist de gameplay assez bien trouvé).

Il a une belle tronche cet inventaire.

Les objets tirés de la licence Zelda sont peut-être le petit point faible de l’inventaire du jeu. Assignables à 4 boutons (façon Ocarina of Time), il est assez difficile de tous les utiliser dans une situation donnée. Certains sont bien plus utiles que d’autres et on a alors l’impression que titre n’atteint pas son plein potentiel. En revanche, pour résoudre une énigme, la créativité du joueur peut être mise à contribution, car il est possible qu’un puzzle soit résolue de plusieurs manières avec une bonne gestion de l’inventaire. Il m’est arrivé de sauter un étage de donjon en faisant un truc que les développeurs n’avaient sûrement pas prévu.

Si Necrodancer est dur à maîtriser par sa nature de rogue-lite, Cadence of Hyrule est quand même bien plus cool sur la difficulté.

Le truc vraiment nouveau par rapport à The Necrodancer et la licence Zelda est un système de nivellation du terrain. Il est possible de pousser des blocs pour former un escalier ou de sauter sur un monstre depuis les hauteurs. Bon, malheureusement, la perspective n’est pas top et on a du mal à se rendre compte des différents niveaux dans certaines situations, mais utilisé à bon escient, le gameplay s’en retrouve plutôt enrichi.

Il faut anticiper les mouvements de chaque ennemi… et en rythme !

Cadence of Hyrule donne aussi de choisir d’incarner Link, Zelda, ou Cadence. Il y a peu de différence entre les personnages en dehors de deux compétences et de rares armes uniques. Cependant, c’est le moyen de pouvoir jouer à deux en coopération qui rend la chose intéressante.

Hyrule the world

Si le système de combat est original et sympa, c’est surtout au niveau de l’exploration que Cadence of Hyrule brille le plus. Le joueur est tout à fait libre d’explorer Hyrule à sa convenance, d’autant plus que chaque partie génère procéduralement sa propre carte du monde. Mais ce n’est pas vraiment un rogue-lite à l’instar de Necrodancer, car la mort ne signifie pas qu’il faut recommencer tout depuis zéro (bien que cela soit pénalisant).

« Bon, comment qu’on traverse ? »

À condition d’explorer correctement chaque écran, la progression est plutôt agréable et les opportunités d’exploration se débloquent de façon naturelle comme tout bon Zelda. Les donjons n’ont d’ailleurs pas besoin d’être affrontés dans un ordre particulier, ce qui renforce un peu plus la sensation d’exploration libre au fil de l’aventure.

La progression est plutôt agréable et les opportunités d’exploration se débloquent de façon naturelle comme tout bon Zelda.

En revanche, une fois au milieu d’un donjon, le style du jeu change radicalement, où chaque niveau est généré procéduralement à chaque visite, ce qui fait qu’on est un peu moins marqué. Voilà une expérience 100% Crypt of the Necrodancer avec ses cavités à creuser et ses marchands à l’organe sublime. Malheureusement, leur taille réduite ne laisse pas l’occasion au jeu de s’exprimer. Les monstres sont souvent confinés et n’ont pas la place de se mouvoir correctement. On peut alors bourriner dans une ouverture sans trop de problèmes, ce qui est quand même un comble pour un gameplay pointu comme Necrodancer.

« À qui appartient donc cette sublime voix que j’entends au loin ? »

Il y a surtout un gros souci d’équilibrage dans l’obtention et l’utilisation des ressources. Les diamants ne servent plus à grand-chose comparé à Necrodancer, et les occasions de dépenser des rubis et des clés sont très rares. Il m’est déjà arrivé d’atteindre 5000 rubis pour 200 diamants avant de mourir à cause d’un bug (ce n’est pas une excuse bidon, promise). Il y a pourtant des mini-boss qui lâchent de grosses sommes, mais on s’en sert tout simplement jamais (sauf pour remplacer un équipement cassé).

Il y a surtout un gros souci d’équilibrage dans l’obtention et l’utilisation des ressources.

Une campagne peut alors se terminer entre 10 et 15 heures selon votre niveau. Totalement pensé pour le speedrun, il est même possible de partager son seed pour que différents joueurs jouent sur la même carte, mais à condition de chercher la difficulté en le montant d’un cran, je me vois mal relancer une partie tout de suite. Rogue-lite sur la forme, il ne l’est pas vraiment sur le fond où on cherche à faire mieux à chaque fois, d’autant plus qu’on ne débloque pas de contenu supplémentaire à chaque run réussie.

Hommage, le jeu vidéo

Si vous êtes un N-sex convaincu et amateur de jeux indépendants (ça va souvent ensemble, mine de rien), Cadence of Hyrule va vous ravir malgré son léger manque de profondeur. Les deux gameplays fusionnent plutôt bien et offrent un tout cohérent qui fait souvent mouche. Ça permet également aux fans de Nintendo de découvrir un style de game design à laquelle ils ne sont pas habitués, mais c’est surtout au niveau des multiples clins d’oeil et hommages envers la licence Zelda et à sa communauté de fans que Cadence of Hyrule est fantastique. Ode à la musique imaginée par Koji Kondo, le titre est surtout un régal pour les oreilles des types qui se perdent sur YouTube à errer au milieu de remix de leurs thèmes musicaux préférés (comme moi).

► Points forts

  • Deux game designs différents qui se complètent
  • Une bande-son hommage à la hauteur de la licence
  • Un monde procédural qui fonctionne
  • Les combats sont souvent subtils
  • Une certaine créativité dans la résolution des énigmes

► Points faibles

  • C’est un peu court pour un truc dont la rejouabilité est limitée
  • Deviens plutôt facile trop rapidement
  • Ressources inutiles en fin de partie
  • Un bestiaire qui aurait mérité d’être plus varié
  • Le système de hauteur pas toujours évident
  • Les mini-jeux un peu mal foutus

Les fans remercient Nintendo et Nintendo remercie les fans

16/20

Cadence of Hyrule est disponible sur Nintendo Switch.

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