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Exclusif Guild Wars 2: le non-test de la beta

La levée d’un NDA (Non-Disclosure Agreement, un contrat qui vous interdit de communiquer sur un contenu précis sous peines de poursuites légales) dans l’univers vidéo ludique est toujours synonyme de grand cirque médiatique, les clowns en moins. Quoique. À cette occasion, l’univers des sites de jeux vidéo se met en ébullition, et on se retrouve vite devant un sordide spectacle où la surenchère des annonces côtoie l’obsession de la valeur ajoutée. On se rend alors compte qu’on doit lire trente lignes de digression pour une ou deux informations vaguement pertinentes, chaque intervenant essayant d’ajouter le plus de valeur et de visibilité à son produit. Ce qui explique parfois l’inexactitude de certains éléments d’informations, car à force de faire la course au scoop on se retrouve avec des produits souvent bâclés, écrits à la vitesse d’un DSK quittant un hôtel.


Pas de ça chez nous !

Chez Warlegend.net, nous avons décidé que le « Grand Soir » est arrivé et nous invitons donc le peuple à sortir dans la rue et à prendre le pouvoir par les armes, l’heure est venue, camarades ! Ah, on me dit que j’ai sauté une ligne. Chez Warlegend.net donc, nous avons décidé d’approcher cet évènement d’une manière décalée, singulière et pourquoi pas sensuelle. Plutôt que de parler uniquement du week-end beta de Guild Wars 2 réservé à la presse et à des guildes, je vais avant tout essayer d’analyser ce curieux phénomène qu’est la course à l’information, du point de vue des joueurs. Qui n’a jamais rêvé d’avoir des informations de première bourre sur le dernier jeu à la mode ? Ne soyez pas impatients, nous allons en parler dans le prochain paragraphe.


« Tu auras mes plumes, tu n’auras pas ma peau »

Cette devise que l’on doit à Annie Cordy, ou plus probablement à Henri-Paul Gassier, illustre bien le marché actuel de l’information vidéo ludique. Depuis l’avènement d’Internet il y a une dizaine d’années (et il y a une dizaine de mois dans le Pas-de-Calais), la donne a changé pour la presse spécialisée dans les jeux vidéo : beaucoup de magazines sont morts la plume encore à la main, victimes de l’accessibilité gratuite de l’information sur Internet. En effet, pourquoi payer trente ou quarante balles un magazine avec les news du mois dernier et une démo gratuite de Farming Simulator alors qu’on peut avoir des infos gratuites vieilles d’une minute avec des démos dans tous les sens ? Certains magazines ont réussi à tirer parti de cette « crise » en proposant un contenu sur les deux médias, mais avec une approche spécifique. Le plus souvent, le ton dans l’écriture, la pertinence des sujets traités, la spécialisation ou le décalage sont des atouts face à une concurrence aussi féroce qu’un couscous mal cuit dans vos reins. A côté de ça, il est des sites Internet qui n’ont jamais eu de support papier et qui utilisent soit la contribution directe, soit la pub pour se financer. Nous allons nous intéresser à ces derniers.


Scoop exclusif : cliquez 7 pubs et on vous dit tout !

Le problème avec ce modèle de financement, c’est qu’à la base, Internet repose sur une règle absolue qui existe depuis la nuit des temps et que je viens d’inventer (ou de voler) : « Internet est un média où peu de gens se font beaucoup d’argent, et où beaucoup de gens se font peu d’argent ». Pour fonctionner, un « news site » doit concentrer une grosse partie de revenus publicitaires, ou faire raquer les gens. Même si le deuxième modèle a fait recette dans le domaine du trafic d’organes, le premier a la sale tendance d’être invariablement contourné, voire boudé : « je veux bien cliquer sur cette alléchante publicité qui me propose de gagner une voiture au Nigéria mais je ne veux pas vous payer pour lire vos news ». Aujourd’hui, à part quelques exceptions, la plupart des sites traitant des jeux vidéo font de la publicité leur principal revenu. Est-ce que ça fonctionne ? Arrêtez de vouloir tout savoir tout de suite, je vous dis que c’est découpé en paragraphes.


JH 34 CH JF ATTACHÉE DE PRESSE FRE SUIV JNAL

Quand votre principal revenu d’argent est la publicité, votre priorité est d’assurer un maximum de visibilité à votre site Internet, un peu comme les rues d’Amsterdam avec les femmes et les rideaux. Avant, à l’époque de la préhistoire (vers 1988), les attaché(e)s de presse n’existaient pas dans le monde des jeux vidéo, au mieux on avait un gars qui était vaguement habillé et rasé, qui nous expliquait la vision de sa boîte concernant les jeux vidéo et qui sortait une ou deux vannes avant de retourner dans sa grotte faire du code avec ses confrères. C’était l’époque où il fallait tourner un cadran et faire des étincelles pour appeler quelqu’un avec un téléphone, et où les gens avec plus de deux zéros dans le numéro n’étaient jamais appelés car « qu’il aille se faire foutre, je ne vais pas au zéro deux fois de suite ».


Le roi reste le roi

À notre époque où il est inconcevable de ne pas capter la 3G même dans le métro, les attaché(e)s de presse règnent dans le milieu des jeux vidéo car ils sont le lien inaliénable entre les joueurs (nous) et les boîtes de jeux vidéo (eux). Le mec vaguement hirsute et avenant a été remplacé par un spin doctor bien habillé, propre, sûr de lui, et maître de l’information et de l’interprétation. Le jeu se finit en deux heures ? « Notre produit a été conçu pour un public exigeant qui aime se détendre sans investir trop de temps ». Le jeu est trop facile ? « Notre produit a été conçu pour tous les joueurs et va révolutionner l’accessibilité à ce média ». Le jeu est nul à chier ? « Notre produit concerne une clientèle spécifique et s’inscrit totalement dans une approche compétitive par rapport au marché». Vous l’avez compris, ces « docteurs de la culbute » sont des artistes de la communication, c’est eux qui nous vendent les jeux aujourd’hui et c’est aussi eux qui nous expliquent comment apprécier les jeux.


Du joueur au consommateur

Aujourd’hui, les jeux ne sont en général plus réalisés pour des joueurs, mais pour des consommateurs. Qu’en est-il donc du rapport avec la presse ? C’est très simple, tout est organisé en campagnes de presse, tout est millimétré au poil près et chaque annonce est le fruit d’un intense brainstorming. Tel un conseil de tribus de Koh-Lanta, chaque participant va essayer de tirer son épingle du jeu tout en allant dans le même sens que les autres. Désireux d’avoir l’information avant les autres ou d’avoir des exclusivités, certains sites de jeux vidéo adoptent une ligne directrice bien définie : « ce jeu appelle un grand nombre de client potentiels, donc un gros trafic potentiel sur notre site, que peut-on faire pour optimiser ça ? » C’est très simple, ça a un nom et même si c’est devenu tabou, voire limite indécent d’en parler, ça s’appelle la complaisance. Sous promesse d’avoir une exclusivité ou un accès au produit avant les autres, certains sites vont adopter une ligne rédactrice biaisée. Ça va du «ce jeu va tout déchirer, on vous le dit » aux notes flatteuses, on a là un copinage rampant en parallèle d’une course à l’exclu entre les différents participants. Une sorte de gigantesque partie fine où tout le monde vient en célibataire, en somme.


De Guild Wars 2 au Carlton de Lille

Hein ? Ah c’est chiant ce découpage en paragraphes, on arrive à des titres sans aucun sens. Mais parlons de sens, justement. Cet article étant en majorité destiné au genre humain, nous savons tous que nous avons un faible dès que nous sommes caressés dans le sens du poil. X aime bien les trucs de guerre avec plein d’explosions et plein d’armes, il tombe sur une campagne de pub de Call of Duty ; l’excitation est telle que la volonté d’achat est immédiate. Sisi, arrêtez de vous voiler la face, on est tous comme ça pour différents supports, on devient surexcités dès qu’on touche à notre corde sensible. Tel un prince saoudien devant un club de football, l’envie de l’achat et la fièvre du jeu s’emparent de nous à pleine puissance. Mais faut-il pour autant diaboliser cette démarche ? Mon opinion de Professeur Hengel Defwin est que les expériences passées doivent nous servir pour le futur, à l’instar des pins parlants et des vestes en jean. Même si succomber à la hype est tentant et souvent impossible à réfréner, il faut raison garder, et je fais des rimes sans me dérober.


Euh, et le non-test de la beta ?

Chez Warlegend.net nous avons de grandes idées mais nous avons aussi des principes, comme par exemple celui de vous proposer l’actualité vidéo ludique sous un autre angle, celui de l’analyse, de l’échange et de la réflexion. Car mine de rien, la Grand-Messe qui suit une levée partielle de NDA sur un jeu apporte souvent beaucoup plus de questions que de réponses. Un déchaînement d’informations sert-il vraiment l’information ? Je vous invite à débattre de vos points de vue dans les commentaires. Merci de votre lecture, bonne nuit et bonne chance.


Professeur Hengel DefwinSpécialiste en psychologie comportementale et féru de maquettes en poisson cru à ses heures perdues, le Professeur Hengel Defwin vous livre régulièrement ses fines analyses, quand il n’est pas ivre mort en train d’insulter des chats.

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