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Interview – Marion Lopez, joueuse semi-pro de CS: GO répond à nos questions

La scène féminine eSportive est très souvent méconnue du grand public, si ce n’est totalement dans l’ombre, en ce qui concerne certains jeux. Concernant CS:GO, même si des changements considérables ont eu lieu ces dernières années, il reste des différences significatives par rapport à la scène masculine. Marion Lopez, joueuse semi-pro de Counter Strike disposant d’une expérience significative, nous aide à en savoir plus sur ce sujet et par la même occasion à balayer des clichés récurrents.

Vivre de sa passion reste chose rare

  • Bonjour Marion ! Tout d’abord, peux-tu te présenter et nous parler du chemin que tu as parcouru jusqu’à présent sur Counter Strike ?

Hello :) ! Je m’appelle Marion Lopez, j’ai 26 ans, je suis chef de publicité dans une agence de pub et accessoirement joueuse semi-pro de CS:GO ! J’ai commencé CS en 2008, j’ai joué pour eternity au départ puis pour btb/Millenium. J’ai ensuite arrêté pendant deux ans, peu après le début de CS:GO. J’ai finalement repris en 2015 avec Melty, équipe avec laquelle nous sommes ensuite retournées chez Millenium. Il y a maintenant un an, j’ai créé une équipe européenne avec mes mates actuelles : zon1Q (Serbe), KiTTy-Kat (Anglaise), Monkey D. Julie (Française) et Ana (Roumaine). Nous jouons actuellement pour la structure entièrement féminine Riot Gaming (qui possède également des équipes Halo, CoD…).

  • Depuis maintenant pas mal de temps, tu évolues avec les quatre mêmes coéquipières. Peux-tu revenir sur votre rencontre ainsi que votre parcours ? Quel est l’intérêt de constituer une équipe composée de joueuses de différentes nationalités ?

Comme je le disais, notre équipe s’est créée il y a maintenant un an. Je souhaitais changer un peu d’horizon et créer une équipe entièrement basée sur les profils et les rôles (autant dans le jeu que dans les caractères). Je me suis tournée vers Julie car je voulais que ce soit l’ouvreuse de l’équipe. Ensuite, on a joué avec pas mal de filles pendant l’été mais je savais que je voulais KiTTy-KaT en tant que lurker car elle excellait dans ce rôle. Julie avait déjà joué avec zon1Q et en faisant plusieurs games avec elle je me suis rendu compte que c’était un excellent support et aussi qu’elle avait une grosse capacité à prendre sur elle et absorber le caractère/ego des autres pour éviter toute explosion interne. Nous étions donc 4 et sans AWP.

Ana est arrivée plus tard sur les conseils de zon1Q. Elle avait beaucoup de lacunes de communication et de placement mais je n’avais jamais vu un tel talent à l’AWP. On a donc décidé de parier sur ça et d’utiliser notre expérience pour l’aider à construire son jeu au sein d’une équipe. Du coup, pour nous, l’intérêt d’avoir des joueuses de différentes nationalités a été de ne pas se restreindre à un seul pays pour trouver les personnes idéales mais de vraiment faire des choix réfléchis et en accord avec ce qu’on cherchait pour cette équipe.

Côté parcours, nous avons commencé par nous qualifier pour l’ESWC, événement pour lequel nous n’avons malheureusement pas passé les poules après 4 résultats très serrés (3 fois 13-16 et un 14-16). Nous nous sommes ensuite qualifiées pour les IEM où nous avons battu Dignitas lors de notre premier match. Malheureusement nous n’avons pas réussi à confirmer lors de notre match de barrage pour passer les groupes et avons fait un top 5/6. Enfin, nous avons participé à la CPH et fait un top 5/8 en nous inclinant à nouveau face Dignitas en quart de finale.

Notre prochain événement sera la Dreamhack Summer !

https://twitter.com/_Mar1oN/status/852609846717423618

  • À l’heure actuelle, quel est votre statut ? Évoluez-vous pour une structure en particulier de manière stable ? Qu’en est-il des moyens accordés aux joueuses pour pouvoir s’investir à 100 % dans le jeu ?

A l’heure actuelle, nous sommes sous contrat chez Riot Gaming et notre statut est semi-pro. Malheureusement, nous ne pouvons pas en faire notre métier car nous ne sommes pas rémunérées pour jouer. Cependant, certaines équipes (Secret, Dignitas, CLG) sont rémunérées pour jouer et certaines peuvent donc en faire leur métier. C’est un peu déséquilibré à ce niveau là dans la mesure où certaines peuvent s’investir à 100 % dans le jeu pendant que d’autres ne le peuvent qu’à 50 %. Cependant, j’ai bon espoir que d’ici quelques années, la scène continuera d’évoluer et que de plus en plus de joueuses pourront vivre de leur passion et s’y investir à temps plein.

  • Concernant vos entraînements, à quelle fréquence ceux-ci ont lieu ? Quelle place prend Counter Strike dans ta vie ?

Pendant l’année, nous nous entraînons tous les soirs pendant 3 heures et parfois le weekend en bootcamp en ligne (10h/jour) avant des événements. Dans la mesure où je travaille le reste du temps, on peut dire que CS prend une grosse majorité de mon temps libre :) Donc 50 % de ma vie !

  • Avez-vous l’occasion de vous entraîner contre du subtop français masculin ? Est-ce que tu penses que le niveau entre la scène masculine et féminine est radicalement différent ?

On a très rarement l’occasion de s’entraîner contre du subtop français. Certains acceptent car on les connaît mais la plupart ne veulent pas car ils ne veulent pas jouer contre des équipes féminines ou, parfois, ils le font quand même mais ne sont absolument pas fair-play et rush dans tous les sens, ce qui n’est absolument pas intéressant pour nous, ni pour eux. Le niveau est radicalement différent, on évolue aussi, on travaille beaucoup, mais il reste quand même un gros fossé notamment en terme de skill. On a beau avoir tout le jeu du monde, on a un peu moins de skill et ça fait la différence contre des bonnes équipes.

  • Où vous situez-vous dans le « ranking » féminin ?

On peut dire qu’on se situe dans le top 5/6 mondial !

  • Lors du HTC 2v2 Invitational, « s1mple », le joueur des Natus Vincere, a déclaré dans une interview accordée à hltv.org « je pense qu’elles ont beaucoup de choses à faire dans la vraie vie. Beaucoup de filles veulent être belles, elles veulent beaucoup de choses, mais pour nous, c’est juste du travail » en ce qui concerne l’implication des femmes sur CS:GO (puisque juliano et zAAz y ont participé). Deux questions méritent donc d’être posées. D’une part, que répondrais-tu à ces propos ? D’autre part, à tes yeux, à haut niveau, l’implication des femmes est-elle identique à celle des hommes lorsqu’il s’agit de progresser et franchir des paliers ?

C’est drôle. J’ai beaucoup de choses à faire oui mais me faire belle et me mettre du vernis n’en font pas partie. Ou alors ça me prend maximum 10 minutes par jour. Après, malheureusement, mon travail n’est pas de jouer à CS et je ne peux donc pas y passer autant de temps que si ça l’était. Je pense que mis à part les quelques équipes féminines que j’évoquais plus haut, qui sont payées pour jouer, l’implication n’est pas la même, surtout en terme de temps passé sur le jeu. Après cela ne nous empêche pas d’avoir une énorme motivation pour progresser et franchir des paliers mais le temps n’est pas extensible.

  • Il est vrai que l’eSport féminin est nettement moins mis en avant que le masculin. Quelles en sont les principales raisons pour toi ? Penses-tu un jour voir apparaître une mixité au sein des équipes ?

C’est un cercle vicieux : il n’est pas assez mis en avant pour qu’on s’y intéresse, on ne crée pas de « hype » autour de notre scène ; et les gens ne s’y intéressent pas assez naturellement pour qu’il soit mis en avant et que les sponsors veuillent investir… Du coup ça tourne en rond ! On a également beaucoup moins de tournois donc beaucoup moins d’opportunités d’être mises en avant. En plus de cela, à part les IEM, les tournois féminins sont moins bien organisés, tous les matchs ne sont pas streamés et il y a très rarement la possibilité de bet dessus. Outre cela, il y a une sorte de rejet de la communauté : beaucoup de personnes se font une idée erronée de la scène féminine, crachent dessus sans jamais vraiment prendre la peine d’y jeter un œil. Je ne dis pas que notre niveau se rapproche de celui des hommes, je dis juste que notre scène n’est pas un déchet à regarder, en tous cas au niveau du top 10 mondial. Les équipes de ce niveau travaillent beaucoup : on passe beaucoup de temps en strat time, à regarder des démos, à « piquer » des strats et à les adapter à notre style de jeu, on travaille nos retakes, nos entrées sur les sites, nos smokes, nos flashs, nos exécutions, nos pistols… à partir de ce moment là, je ne pense pas que ce soit si inintéressant à regarder que certains le prétendent. :)

Pour répondre à ta deuxième question, je pense que ce n’est pas encore près d’arriver. Il y a quelques tentatives par ci par là mais rien de bien sérieux ou de niveau notable pour que ce soit remarqué/intéressant. Je ne suis pas sûre que ça se débloque dans un futur proche, il faudrait changer les mentalités et que la future génération commence à jouer dès leur début en équipe « mixte ».

Marion et ses coéquipières lors de la Copenhagen Games
  • Le fait que la scène féminine soit très souvent dans l’ombre des hommes apparaît comme totalement illégitime. De plus, devoir militer pour espérer un jour disposer des mêmes avantages que d’autres peut apparaître comme usant et décourageant à long terme. Quel est ton état d’esprit à ce sujet ?

Pour être honnête, j’ai pas vraiment de réponse à cette question. Ce serait l’idéal de pouvoir vivre de notre passion, d’avoir les mêmes avantages, la même exposition etc… mais en réalité, le plus ennuyeux c’est le manque de tournois. On a 4 gros tournois par an et ce n’est définitivement pas assez ! C’est pour moi le plus gros point noir de la scène féminine mais les choses sont comme elles sont. On prend ce qu’on a et je prends toujours du plaisir à jouer en équipe, ce qui reste l’essentiel ! Du coup, je ne suis pas découragée, on adapte nos entraînements et nos objectifs à tout ça !

  • Lors des événements internationaux auxquels tu as pu participer, comment décrirais-tu l’interaction que vous avez eues avec les commentateurs, les autres équipes ou encore les joueurs ? En dehors des caméras, la frontière entre les deux scènes est-elle autant marquée ?

C’est pas vraiment une question que je me pose. On les croise pas vraiment dans la mesure ou nos tournois sont séparés et pas forcement aux mêmes horaires. Le seul moment où on se retrouve tous au même endroit, c’est pendant les after party. Y’a pas vraiment de frontière, chacune fait sa vie, on se parle si on se connaît, comme partout quoi !

  • Concernant la suite de cette année 2017, quels sont tes objectifs individuels et collectifs en ce qui concerne CS:GO ?

Pour la suite de cette année, il nous reste un tournoi, la Dreamhack. L’objectif (objectivement) est de faire un meilleur résultat qu’aux tournois précédents, donc une demi finale et pourquoi pas une finale. Après, on ne va pas se mentir, à chaque fois qu’on part en tournoi, on y va avec l’objectif de gagner, sinon ça ne servirait à rien :). En ce moment, on essaye de développer un autre aspect de notre jeu. On est une équipe qui joue beaucoup sur les contrôles + exécutions et on se rend compte que chez les filles, le système de 4-1 et les rushs marchent très bien, donc on essaye d’ajouter ces cordes à notre arc pour la DreamHack.

  • Moment nostalgie : quel est ton meilleur souvenir sur Counter Strike ?

Oula… Moment nostalgie donc ! Je dirais ma première coupe du monde sur 1.6 à l’époque. Izee ne pouvait pas y participer et le jour de mon anniversaire RiTTa m’avait contactée pour que je la fasse avec elles ! C’était le rêve, j’étais jeune, j’avais juste à jouer mon jeu pendant que j’étais encadrée par RiTTa, Biki, MiTsu… Je ne me posais pas autant de questions à l’époque :p J’écoutais, je courais et je tirais.

  • Récemment, tu as intégré Eclypsia en tant que streameuse FPS. Peux-tu nous en dire plus sur ce nouveau projet ?

Tout à fait ! J’étais en contact avec Drijoka que je connais depuis l’époque Millenium et il m’a parlé de ce projet TV FPS et m’a demandé si ça m’intéresserait ! Je ne suis pas une grosse streameuse mais j’ai trouvé le projet intéressant et l’idée de stream en duo m’a semblé assez sympa et rigolote, du coup j’ai dis oui ! C’est le commencement donc il y a pas mal d’ajustements en cours avant que ce soit bien rodé, mais jusqu’à présent ça me plait. Je prends mes marques doucement, les gens sont bien cools chez Eclypsia. À voir comment le projet évolue et comment la communauté accueille la TV sur le long terme mais je pense que quand tout sera bien en place, ce sera top !

  • Chez War Legend, on a l’habitude de caser une question farfelue dans nos interviews. Alors, la voici : es-tu en faveur ou contre le délaissement des bonbons traditionnels pour les bonbons qui piquent ?

Franchement ? Carrément en faveur ! Les bonbons qui piquent c’est la vie !

  • Pour finir, c’est à toi que revient la traditionnelle conclusion de l’interview.

Une conclusion très simple dans ce cas :) Merci à toi & War Legend pour l’interview ! Et merci à Riot Gaming de nous faire confiance !


Merci à Marion pour cette interview ! Nous vous souhaitons une bonne continuation et que la DreamHack Summer puisse être couronnée du succès que vous espérez. Bien évidemment, nous ne pouvons qu’encourager les fans de CS:GO à s’intéresser de plus près à la scène féminine. Un sport (électronique ou non) ne se résume pas à une histoire de genre. Vous pouvez retrouver Marion et les actualités concernant son équipe sur son compte Twitter.

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  • n4kj0 ~ Le 10 juin 2017 à 17:55

    Merci pour l’interwiew, c’est plus si rare les gameuses ^^ Fut un an c’était un mythe !