Team Ninja lâche les chevaux. Après deux épisodes qui ont poncé nos nerfs et nos manettes, le studio japonais s’attaque enfin au morceau de bravoure : l’open world. Pari risqué ou coup de génie sanglant ? On a dégainé le katana pour voir si ce troisième opus a le tranchant nécessaire pour détrôner les ténors du genre, entre tradition hardcore et modernité tentaculaire.
L’ivresse des grands espaces nippons version XXL
Oubliez les couloirs linéaires et les missions sélectionnées sur une carte postale. Nioh 3 nous propulse dans la peau de Tokugawa Takechiyo, héritier du shogunat capable de percevoir les esprits, au cœur d’une intrigue où le voyage temporel sert de moteur à une progression tentaculaire. On oscille entre 1622 et 1572, traquant un frère renégat, Kunimatsu, qui a eu la riche idée d’invoquer un Yokai géant aux yeux rouges pour raser le château d’Edo. Si la narration reste, comme pour l’opus précédent, un joyeux bazar historique pour ceux qui n’ont pas de doctorat en études est-asiatiques, elle gagne en épaisseur grâce à des personnages mythifiés comme Hattori Hanzo, dont les itérations semblent se multiplier plus vite que les boss à patterns punitifs. On est loin de la poésie contemplative de Ghost of Tsushima ; ici, le scénario est un prétexte à une violence stylisée, ancrée dans les stéréotypes de l’ère Sengoku, mais avec une mise en scène qui assume enfin son côté épique.
Le véritable tournant, c’est l’adoption d’un monde ouvert qui lorgne sans vergogne sur Elden Ring, tout en conservant une structure plus dirigiste et rassurante. Contrairement à l’immensité parfois intimidante de l’Entre-terre, Team Ninja opte pour une carte découpée en secteurs avec des niveaux recommandés, une mécanique empruntée aux ARPG modernes pour guider le joueur sans trop le brider. L’exploration est récompensée par un « Niveau d’Exploration » qui débloque progressivement des icônes sur la carte, évitant ainsi le syndrome du « sapin de Noël » propre aux productions Ubisoft. On retrouve ce plaisir de débloquer des raccourcis ingénieux, typiques du level design de la série, mais à une échelle décuplée qui donne enfin l’impression de parcourir un Japon féodal cohérent plutôt qu’une succession de dioramas isolés. C’est dense, vertical, et chaque recoin semble avoir été pensé pour cacher un Kodama ou un ennemi prêt à vous renvoyer au dernier autel en deux frames.
Cependant, ne vous attendez pas à une révolution de l’écriture. Si le jeu tente de lier ses époques par des enjeux familiaux, la cohérence globale en prend souvent un coup, rappelant les errements narratifs du premier épisode. Malgré cela, l’immersion fonctionne grâce à une direction artistique qui embrasse pleinement son héritage : le contraste entre la splendeur des châteaux et la corruption du « Royaume des Yokai » est saisissant. On sent que les développeurs ont écouté les critiques sur la répétitivité des environnements, proposant ici une variété bienvenue qui évite le recyclage.
Ninja ou Samouraï ? Pourquoi choisir ?
Le cœur du gameplay explose avec l’introduction d’une dualité Ninja/Samouraï switchable en une pression de touche, une évolution majeure par rapport aux postures classiques. Là où Assassin’s Creed Shadows sépare strictement les archétypes, Nioh 3 vous permet de passer de la force brute du Samouraï à l’agilité fourbe du Ninja instantanément pour parer des attaques critiques. Le style Ninja est une ode à la nervosité : projectiles à gogo, kunais, shurikens et tonfas pour des enchaînements rapides axés sur le hit-and-run. À l’opposé, le Samouraï conserve l’ADN technique de la licence avec ses trois postures (Haute, Moyenne, Basse) et son exigence sur le timing, demandant une gestion chirurgicale du Ki pour ne pas finir essoufflé au milieu d’une hitbox douteuse. C’est un ballet sanglant où la maîtrise du « Ki Pulse » (R1) reste la clé de voûte pour nettoyer les flaques de corruption et maintenir une pression constante sur l’adversaire.
Le système de progression s’inspire de la technicité de Dead or Alive et Ninja Gaiden, offrant des arbres de compétences touffus qui demandent un investissement réel pour être optimisés. Chaque arme possède sa propre courbe d’apprentissage et ses combos spécifiques, complexifiant le gameplay pour ceux qui veulent creuser les builds « end-game ». On note l’arrivée des « Artifacts Vivants » : en remplissant votre jauge d’Amrita, vous déclenchez une transformation digne d’un Super Sentai, augmentant drastiquement vos dégâts et votre résistance. C’est une version raffinée de l’Arme Vivante du premier opus, qui était alors jugée « complètement fumée » contre les boss. Ici, le contre explosif de Nioh 2 revient pour punir les attaques rouges des ennemis, forçant le joueur à une lecture parfaite des frames d’animation sous peine de sanction immédiate. La courbe de difficulté est rude, mais la satisfaction d’un parry réussi après avoir vidé la barre d’endurance adverse est inégalée dans le genre.
Côté loot, on reste sur un « Diablo-like » sous stéroïdes avec une gestion d’inventaire qui ravira les maniaques des statistiques. La grande nouveauté réside dans la séparation stricte de l’équipement : les armes et armures sont désormais classées par type (Samouraï ou Ninja), empêchant l’utilisation de certains styles si vous ne portez pas le build adéquat. Cela force une spécialisation plus marquée, rendant la construction de personnage plus stratégique et moins permissive que par le passé. Le système de noyaux d’âme permet toujours d’utiliser des capacités démoniaques pour grignoter l’endurance des boss.
Une débauche de pixels pour une technique impitoyable
Techniquement, Nioh 3 sur PS5 est une vitrine de fluidité, proposant un mode 4K/60 FPS d’une stabilité exemplaire et un mode 1080p/120 FPS pour les puristes. Les temps de chargement sont quasi inexistants grâce au SSD, vous replongeant dans l’action en un clin d’œil après une mort humiliante. Le moteur graphique, bien que n’atteignant pas le photoréalisme de certains blockbusters, compense par une fluidité d’animation irréprochable et des effets de particules somptueux lors des attaques élémentaires.
L’exploitation de la DualSense apporte un vrai plus, notamment via le retour haptique des gâchettes pour le tir à l’arc. L’audio 3D est également de la partie, permettant de localiser précisément un ennemi tentant une attaque sournoise dans votre dos. On sent que Team Ninja a peaufiné sa copie pour utiliser chaque ressource de la console afin de rendre l’expérience la plus viscérale possible, une exigence nécessaire pour un titre basé sur l’apprentissage par l’échec.
Enfin, l’IA et la précision des hitboxes ont été revues à la hausse. Les ennemis sont agressifs, coordonnés et n’hésitent pas à exploiter vos erreurs de placement. Les affrontements contre les boss sont de véritables puzzles de mouvements où chaque frame compte, se rapprochant de l’exigence d’un Sekiro tout en gardant la flexibilité des builds Nioh. Si certains esprits gardiens conservent un design un peu trop coloré qui tranche avec l’atmosphère sombre, la direction artistique globale reste fidèle à cet hommage vibrant au cinéma de sabre japonais.
Seppuku ou Shogunat ?
Nioh 3 réussit l’impossible : transformer une formule de missions linéaires en un monde ouvert organique sans sacrifier son exigence technique. La dualité Ninja/Samouraï renouvelle brillamment des combats déjà excellents, tandis que les performances en 120 FPS subliment l’expérience. Si le scénario reste un labyrinthe historique parfois confus et le loot omniprésent, la profondeur des builds et la verticalité du level design placent ce titre au sommet de l’Action-RPG moderne.
Ce qu’on a aimé :
- Le switch dynamique entre styles Ninja et Samouraï
- Un monde ouvert cohérent qui récompense la curiosité
- La 4K/60 FPS stable comme un roc (et le 120 FPS pour les puristes)
- Des boss dantesques qui demandent une lecture parfaite
- Les temps de chargement quasi inexistants
Ce qu’on n’a pas aimé :
- Une narration toujours un peu aux fraises
- Le loot omniprésent qui finit par saouler
- Quelques textures franchement vilaines en extérieur.
- L’IA parfois un peu myope quand on joue la discrétion
WarLegend.net a bénéficié d’une copie presse fournie par l’éditeur de ce jeu.
Nioh 3 est disponible sur PC et PS5.







